Bokayé ! Ah !
Mercredi 25 mars 2026, l'antenne toulousaine de la Société psychédélique française a accueilli Yatèmbo, musicien pratiquant en hypnose et maître de cérémonie franco-gabonais, pour une soirée conférence autour du Bwiti.
Le Bwiti (que l’on pourrait éventuellement traduire par "Dieu", nous signale Yatèmbo) est un système mystico-spirituel animiste gabonais, une philosophie de vie, à laquelle les Banzis (« bébés », néophytes) sont initiés lors d’une cérémonie où ils mangent le bois sacré.
Ce bois sacré est l’iboga (Tabernanthe iboga), un arbuste qui pousse dans la forêt gabonaise, notamment dans les zones sableuses au bord de l’océan - l’eau tient une place importante dans cette tradition a précisé l'intervenant, soulignant que la consommation des racines de cette plante, aux propriétés psychotropes et visionnaires, ouvre les portes de son être profond.
Yatèmbo nous a précisé qu'il existe différentes branches de rite Bwiti, qui ont toutes pour référence un tronc commun : le Dissumba des Mitsogho.
Lui-même a été initié à 14 ans au Bwiti Ngondé-Missoko des Puvi, ethnie gabonaise appartenant au peuple bantou. Yatèmbo est son Kombo, son nom initiatique qui lui est apparu à ce moment-là. L'initiation peut être mixte, ce qui est un fait unique dans cette branche sudiste du Bwiti. Ensuite, chacun poursuit sa route : celle des femmes le Maboundi ou celle des hommes Le Ngondé.
Mourir pour renaître
Yatèmbo a expliqué que l’initiation au Bwiti dure en moyenne entre deux à trois semaines, divisées en 3 phases.
Une phase de préparation précède la prise de l'iboga, qui se déroule sur une à deux nuits de cérémonies, au cours desquelles l'initié est accompagné dans un vécu de mort/renaissance.
La troisième phase est celle de l'intégration, période plus longue, où l'effet du bois sacré se fait ressentir pendant plusieurs jours puis diminue progressivement.
Cette traversée dans l'iboga, portée par le rituel, plonge le Banzi à l'intérieur de lui-même dans un état de rêve, nous dit le Nganga, sans perte de conscience ni de changement dans la perception de l'environnement, ni illusion ou altération formelle de la pensée et sans dépersonnalisation. L'iboga clarifie les idées et permet une introspection poussée, en stimulant la pensée et l'imagination.
Interagir avec ses visions
Pour Yatèmbo, la cérémonie comporte 3 temps : la descente, durant laquelle les participants voient défiler différents moments de leur vie à toute vitesse. Il est possible d’y naviguer en interagissant avec les visions, en faisant des pauses sur image, en revenant en arrière voire en zoomant, les capacités sont illimitées.
Ensuite, il y a la phase de plateau où le Banzi peut contacter ses ancêtres et ce qui est plus grand que lui.
Enfin une remontée douce permet d’intégrer l’expérience. Celle-ci, une fois finie, continuera à parler en soi des années après l'initiation.
Ces différentes étapes sont toujours guidées, sous l'oeil vigilant d'un ou des Nimas (titre de père spirituel). Les Nimas sont les maitres de cérémonies qui ont été agréés par la communauté des Ngangas guérisseurs (Nganga est un statut, donné aux initiés assermentés du Bwiti).
La présentation de Yatèmbo a été ponctuée par de la musique « parlée » par le Mugongo (l'arc en bouche gabonais). Il s'agit d'un instrument traditionnel sacré ayant une place centrale dans la plupart des rites du Bwiti et en particulier lors de la traversée du bois sacré où il est indispensable. Yatèmbo a précisé que le sien avait été fait en France avec un jeune tronc de noisetier tendu par une liane par les extrémités.
Un parcours initiatique de longue haleine
Yatèmbo a souligné que la traversée initiatique au Bwiti a lieu une seule fois dans la vie d'un initié au Ngondé. Par contre, la suite de son parcours initiatique se déroule sur plusieurs années, en moyenne 15 ans. Elle sera ponctuée par différentes autres étapes et épreuves transmises par ses pairs (les anciens) qui lui permettront d'approfondir, de maîtriser la pratique et la sagesse du Bwiti.
Certains pratiquants peuvent endosser un jour le rôle de Nima. Il existe des villages de guérisseurs du Bwiti où les personnes malades sont amenées pour être traitées, et cela indépendamment de l'utilisation de l'iboga. Malgré le rejet de l'iboga par de nombreux gabonais, aujourd'hui encore, une grande partie de la population trouve des réponses et du soin dans ce bois sacré. Le Nganga a été particulièrement généreux tant dans sa narration, ses explications du rite, que dans sa musique ou ses réponses aux nombreuses questions des participants. Merci à lui, ainsi qu’à Joris musicien et assistant qui l’accompagnait.